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Culture sommeil

À quoi sert le sommeil et comment éviter d’accumuler une dette de sommeil trop importante ?

François Duforez

28 mars 2024

François Duforez, médecin du sport et du sommeil, responsable scientifique du SommeilLab Bultex, revient sur le rôle régulateur du sommeil et la manière d’éviter d’accumuler une dette de sommeil trop importante.

 


Le sommeil est transversal.

En tant que médecin du sport et ayant une femme nutritionniste à l’INSEP, je me suis rendu compte que le sommeil était un élément de régulation à la fois physique et métabolique. Les métabolismes ne vont pas stocker ou être dégradés de la même manière la nuit que le jour, ce qui est lié à la chronobiologie, donc au sommeil. Le côté cardio vasculaire c’est pareil. Pendant la nuit la fréquence cardiaque diminue entre 2h et 6h du matin, ainsi que la tension artérielle, et cela a une conséquence sociale extrêmement importante. Aujourd’hui, plus de quatre millions de français travaillent en horaires décalés. Tôt le matin, ils n’auront pas cette régulation qui fait descendre la fréquence cardiaque et la tension artérielle. Donc les gens qui travaillent la nuit ou qui travaillent en horaires décalés vont faire plus d’hypertension, et auront plus de problèmes cardiovasculaires. Cela joue sur la nutrition, le cœur, la mémoire, la concentration, le cerveau, l’humeur, le côté psychologique et même sur toutes les horloges biologiques qui régulent le corps. Il y a des vraies réflexions sur sommeil et cancer, sommeil et problèmes cardiovasculaires, sommeil et maladies auto immunes…

 

On est dans un vaste champ et tout le monde va être obligé de travailler ensemble, avec ce dénominateur commun qu’est le sommeil.

 

Par exemple, si vous respirez mal la nuit vous aurez un sommeil fragmenté, vous allez vous réveiller de mauvaise humeur, un état inflammatoire va s’installer et puis à terme vous pouvez avoir du diabète et de l’hypertension et vous allez grossir.

 

Le cas le plus fréquent en consultation, c’est quand même l’insomnie : les gens qui ont du mal à s’endormir, qui se réveillent la nuit sans parvenir à se rendormir. Le deuxième tableau ce sont les gens qui se sentent fatigués et qui ne savent pas pourquoi. Pour nous, il s’agit de décrypter ce symptôme et de voir s’il n’y a pas d’autres pathologies derrière. Le sommeil étant un élément révélateur, vous pouvez très bien avoir des problèmes métaboliques, comme la tyroïde. Les gens qui ont des problèmes de tyroïde sont fatigués tout le temps, ou bien chez les femmes, celles qui ont un fer très bas et font une anémie ferriprive sans le savoir. Elles sont fatiguées, mais ce n’est pas pour une raison psychologique, c’est parce qu’elles manquent de fer. C’est vraiment de la médecine interne.

 

Après, il y a les consultations plus classiques, comme les gens qui viennent nous voir parce que leur conjoint ronfle. On fait des consultations de couple aussi. Madame vient, parce qu’elle ne peut pas dormir à cause de Monsieur. Le bruit est d’ailleurs un facteur extrêmement perturbant du sommeil.

 

Une nécessité à trier des informations

Je pense que le sommeil devient de plus en plus important aujourd’hui, parce qu’il est de plus en plus nécessaire à trier des informations qu’on n’avait pas avant. Quand vous étiez dans les champs il y a une centaine d’années, avant l’exode rurale, il y avait une activité physique importante, ce qui augmente le sommeil lent profond, donc la qualité du sommeil, et comme les gens travaillaient dehors, avant l’électricité, ils rentraient chez eux à la nuit tombée et la physiologie se faisait toute seule. L’influence de la lumière et de l’électricité notamment, a totalement modifié la manière de dormir, en dehors de l’aspect culturel. Globalement, si on prend le monde occidental en général, avant l’invention de l’électricité, les gens dormaient plus naturellement. Maintenant on est obligés de dormir mieux en s’occupant de l’environnement de manière beaucoup plus précise.

 

On est tellement stimulés. Les réseaux sociaux, surtout en ce moment avec le Covid, ça tourne en boucle. Un smartphone, posé sur votre table de nuit parce qu’il sert de réveil (comme pour six ou sept personnes sur dix), a un impact sur le sommeil, même en mode avion (donc on ne parle pas d’ondes, qui peuvent modifier la biologie cérébrale). Le cerveau se programme. Si par hasard ils se réveillent pendant la nuit, la première chose que vont faire les gens, comme le cerveau est programmé, c’est de regarder l’heure sur leur smartphone. Et ils peuvent être tentés, dans un deuxième temps, de consulter les réseaux sociaux ou de regarder les derniers news sur l’épidémie, par exemple. Ainsi, il va stimuler son attention, et il est ensuite plus difficile de se rendormir. En revanche, ce même portable sera inoffensif si vous le mettez dans la salle de bain, et qu’il n’est pas à portée de main.

 

Le cerveau se réveille la nuit naturellement sans qu’on s’en rende compte, mais il a programmé le fait que le portable n’est pas à portée de main. Comme il n’est pas à portée de main, si on veut voir l’information, il faut se lever, et on ne le fait pas parce qu’on est bien dans son lit. Ainsi, on dort mieux. Ces notions de programmation cérébrales sont extrêmement intéressantes à étudier.

 

Pour des raisons de pollution lumineuse, de mauvaise literie aussi, nous sommes en dette de sommeil. L’une des solutions, c’est la sieste. Un de mes collègues à l’Hôtel Dieu a d’ailleurs écrit un ouvrage très intéressant, Sevrons-nous par la sieste. La sieste c’est en cours d’évaluation. Nous, on s’est permis, avec les militaires et les sportifs, de les mettre en privation de sommeil, et de voir ce qu’il se passait. Ça joue sur les hormones du stress, sur le système immunitaire… Une sieste de moins d’une demi-heure peut aider à rattraper quatre heures de privation de sommeil. D’une part en remontant les niveaux du système immunitaire qui revient à la normale, et d’autre part en diminuant les hormones de stress.

 

La conclusion, c’est que si vous faites des siestes, vous avez moins de chance d’être tendu ou d’avoir des problèmes inflammatoires, liés aux cortisols et aux hormones du stress, et votre système immunitaire sera renforcé. En ce moment, bien dormir est essentiel pour mieux résister à tout ce qui nous entoure.

 

 

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