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Culture sommeil

Orthosomnie : Quand l’obsession du sommeil parfait finit par le gâcher

Ouns

8 avril 2021

Comme le dit l’adage, le mieux est l’ennemi du bien, et cela vaut aussi pour notre sommeil. À trop vouloir le contrôler, certains en font une obsession, ce qui finit par créer un nouveau trouble, appelé orthosomnie. Si l’orthorexie consiste à surveiller d’un peu trop près son alimentation, l’orthosomnie, elle, revient à surveiller d’un peu trop près son sommeil...

 


Tout le monde le sait, le sommeil est notre allié. La qualité du repos joue sur le bon fonctionnement du cerveau, la santé cardiaque et immunitaire, mais aussi sur l’humeur, la concentration, et même sur la prise de poids. Or, aujourd’hui près d’un tiers des français se dit concerné par des problèmes de sommeil, 16% souffrent d’insomnie chronique, et 45% considèrent qu’ils ne dorment pas assez. Ainsi, beaucoup se tournent vers des applications ou des outils connectés, pour « re-paramétrer » leur sommeil. C’est par exemple le cas de Paul, 27 ans, qui travaille dans la finance. « Je me réveillais une ou deux fois par nuit, et le matin je me levais épuisé avant même d’avoir fait quoi que ce soit. J’ai donc testé des applis pour réguler mon sommeil… et j’ai fini par me laisser prendre au jeu ». Comme lui, nombreux sont ceux qui font appel à ces outils, et finissent, fatalement, par tomber dans l’excès.

 

Et oui, ces outils qui sont pourtant censés nous aider à dormir peuvent se révéler contre-productifs lorsqu’ils alimentent nos névroses, psychoses et obsessions. C’est ce que l’on appelle l’orthosomnie. « C’est un nouveau syndrome que nous voyons émerger depuis quatre ou cinq ans. Il nous vient des Etats-Unis, avec l’avènement de nouvelles technologies, axées sur la performance et l’hyper contrôle de ses paramètres biologique », explique Maxime Elbaz, docteur en neurosciences, spécialiste du sommeil ayant participé au développement de l’application ISommeil avec les équipes de l’hôpital Hôtel-Dieu de Paris. «En se mesurant avec ces objets connectés, les utilisateurs ressentent un besoin de performance qui les pousse à atteindre différents paliers établis par l’application. Cette quête crée de l’addiction, et l’addiction génère différents troubles du sommeil. Pour le dire plus simplement, le stress engendré par l’injonction de performance et par les objectifs à atteindre est responsable d’un sommeil dégradé. C’est l’une des limites de ces objets connectés» indique-t-il.

 

La compétition pour maîtriser l’incontrôlable


L’orthosomnie s’inscrit dans un phénomène plus large, qui est la quête d’hyper-contrôle, comme si nous ne supportions plus que quelque chose nous échappe, que nous étions devenus de véritables control-freaks. Selon le docteur Elbaz « ces objets ont été développés dans la Silicon Valley, où il y a un culte du corps et de la performance: mesurer combien de pas on a fait, combien de temps on a couru, combien de calories on a ingurgité pour avoir le corps le plus apte et le compétitif possible… Et maintenant, avec ces nouveaux outils, les gens veulent aussi contrôler l’incontrôlable, c’est à dire le sommeil. Un culte de la prouesse et du succès qui joue sur la qualité de sommeil. Et on voit que les utilisateurs se fixent des défis entre eux, des objectifs, confrontent leurs résultats pour faire mieux que le voisin, ce qui peut virer à l’obsession et donc à l’orthosomnie. »

 

La génération la plus concernée par ce problème est celle des 20-30 ans. «Ils sont ultra connectés et sont ciblés par de nombreux contenus sponsorisés sur les réseaux sociaux, vantant les mérites de ces applications et autres montres ou objets connectées, permettant de reprendre le contrôle sur son sommeil ». Souvent, il s’agit d’individus éduqués et bien informés. « Ils savent à quel point le sommeil est important, non seulement pour rester en bonne santé, mais également pour améliorer leurs performances au travail. Avec ces objets, les utilisateurs cherchent à contrôler tous les paramètres de leur existence», explique le docteur Elbaz.

 

Jouer aux apprentis docteurs pour être plus performant


Certaines montres connectées ou applications peuvent par exemple envoyer des notifications pour nous rappeler d’aller dormir ou de nous réveiller, de manière relativement infantilisante. « Mais c’est un algorithme qui ne vous connait pas, rappelle le Dr Elbaz. Il va plus ou moins s’adapter au fil du temps mais le sommeil reste propre à chaque individu. Si l’application vous conseille 8h de sommeil, et que vous avez besoin de moins pour être en forme, mais que vous cherchez quand même à vous y conformer, ça ne pourra pas fonctionner. Vous aurez l’impression d’être insomniaque car vous n’atteindrez pas ces 8h, or cette durée n’est tout simplement pas adaptée à vous car nous n’avons pas tous les mêmes besoins, ni le même rythme. Ne pas atteindre cet objectif va provoquer un stress, qui pourra être le facteur de véritables problèmes d’endormissement par la suite».

 

« Beaucoup jouent aux apprentis docteurs, or ils ne le sont pas vraiment. On les voit ensuite en consultations, ne comprenant pas pourquoi ils dorment mal en suivant pourtant les recommandations de l’objet. On leur dit de faire attention, et de prendre du recul sur ces données car il peut exister des marges d’erreurs. Les stades de sommeil ne sont pas encore précisément récoltés par exemple, on va y arriver mais pour l’instant ce n’est pas le cas » précise le docteur Elbaz.

 

Pour ne pas tomber dans l’orthosomnie, le docteur Elbaz conseille de bien choisir l’application ou la montre connectée qui vous aidera à rejoindre les bras de Morphée, et selon lui, « il faut faire attention à ne pas acheter n’importe quel objet, car les algorithmes ne sont pas tous les mêmes. Le mieux est de demander à un spécialiste du sommeil pour avoir des conseils sur les différents produits et trouver celui qui correspond le mieux aux besoins de chacun ». Pour le neuroscientifique, quelques techniques peuvent également aider à ne pas tomber dans l’obsession de la performance. «Il est bon, et sain, de faire une pause après un ou deux mois d’utilisation pour faire un point avec le médecin». Pour les troubles importants du sommeil, le mieux reste de consulter un médecin spécialiste du sommeil pour vous accompagner.

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