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Culture sommeil

Comment apprendre aux enfants à vivre avec les cauchemars ?

Elisabeth de La Morandiere

28 mars 2024

Les cauchemars des enfants sont très déroutants pour leurs parents, désemparés par leurs pleurs et leurs peurs. Pour vous aider à gérer la crise, Stephan Valentin, docteur en psychologie et spécialiste de l'enfant et de l'adolescent, répond à vos questions.

 


Qu’est-ce qu’un cauchemar ?

Stephan Valentin : Les cauchemars sont fréquents entre quatre et huit ans mais peuvent survenir dès l’âge de deux ans. Ils traduisent une inquiétude suscitée par des émotions fortes vécues par l’enfant dans la journée. Ce peut être une dispute avec un camarade, une colère dans la journée avec un de leur parent, un divorce, la naissance d’un petit frère ,de mauvaises notes à l’école. La nuit, lorsque le cerveau fait le tri entre les émotions et les souvenirs de la journée, cette angoisse se manifeste sous la forme de labyrinthes, de loups, de fantômes, de monstres terrifiants, de voleurs ou de kidnappeurs…

 

« Ces mauvais rêves » jouent-ils, d’après vous, un rôle spécifique ?

 

Stephan Valentin : Oui, tout-à-fait ! Ce sont les messagers de l’inconscient. Ils permettent à l’enfant d’évacuer tensions, frustrations, conflits intérieurs et peurs et de digérer les grandes et petites épreuves qu’il traverse. Ce sont des réactions normales à une angoisse vécue, qui trouve ici une manière de s’exprimer. Les cauchemars participent d’ailleurs au développement psychique de l’enfant et à sa maturation émotionnelle. Rien de grave en soi mais s’ils sont très fréquents, n’hésitez pas à demander des témoignages à votre pédiatre.

Comment peut-on aider l’enfant à poursuivre sa nuit calmement ?

 

Stephan Valentin : on ne laisse pas un enfant seul en proie à sa peur. Prenez-le dans vos bras pour le consoler et le rassurer. Exprimez-lui votre compassion « Oh lala je vois que tu as eu bien peur mais je suis là et ce n’était qu’un mauvais rêve ». S’il vous raconte, écoutez-le sans poser de question afin de ne pas intensifier la phase de réveil et l’aider à repartir dans le cycle de sommeil suivant. Éventuellement, vérifiez l’endroit où il pense avoir vu un monstre mais sans en faire trop puis quittez-le, une fois calmé, en laissant la porte entrouverte, la veilleuse allumée et en lui rappelant que vous n’êtes pas loin. Vous pourrez en reparler avec lui le lendemain. Pour les plus petits, proposer de dessiner le monstre puis de déchirer le dessin en disant « je n’ai plus peur de toi » !

Peut-on éviter les cauchemars ?

Stephan Valentin : non, mais on peut aider son enfant au quotidien à mieux gérer son stress et les évènements difficiles en restant à son écoute. Le rituel du coucher est un moment très important car passer un peu de temps avec l’enfant le prépare à la séparation de la nuit. Lisez-lui une histoire sans personnage angoissant, chantonnez une comptine, murmurez des mots doux. Ce moment intime peut être l’occasion pour lui de vous livrer ses peurs et de déposer son fardeau avant de plonger dans le sommeil. Avant de le laisser, précisez-lui que s’il vous appelle, vous l’entendrez. Enfin, soyez vigilants sur les programmes de télévision regardés et les histoires quelquefois effrayantes que se plaisent à raconter les aînés aux plus jeunes.

 

En quoi le cauchemar est-il différent d’une terreur nocturne?

Lorsqu’il fait un cauchemar, le petit est réveillé, il crie, pleure mais arrive à dire et à décrire ce qui lui a fait peur. Lors d’une terreur nocturne, l’enfant est très agité, il hurle, transpire, tient parfois des propos confus, a les yeux écarquillés, ne reconnaît personne. Il est dans un état intermédiaire entre veille et sommeil et continue à dormir. Il ne faut surtout pas le réveiller, même si une terreur nocturne peut être impressionnante pour les parents.

L’épidémie de Covid-19 affecte-t-elle le sommeil des enfants ?

Stephan Valentin : j’ai en effet observé une nette augmentation d’état anxieux chez les enfants et chez les adolescents avec notamment des problématiques de sommeil. Ce peut être des cauchemars récurrents ou/et des troubles de l’endormissement. Inquiets de la situation, certains d’entre eux ressentent un sentiment d’insécurité le soir au moment du coucher : « est-ce que papa et maman ne vont pas tomber malades eux aussi, est-ce que je vais avoir des bonnes notes si je ne vais plus en classe, qu’est-ce qui va arriver demain? ». Pour calmer et rassurer l’enfant, les parents peuvent proposer un rituel de coucher un peu plus long qu’à l’habitude. Mais ne dépassez pas 30 minutes car le risque est d’envoyer un signal contraire au petit. Si vous restez trop longtemps à son chevet, il peut alors imaginer que vous n’arrivez pas à le quitter car vous avez peur pour lui. Mais rassurez-vous, ce sommeil perturbé n’est pas forcément quelque chose qui va s’installer dans la durée. Les enfants ont une grande capacité d’adaptation et dès que les conditions reviendront à la normale, ils retrouveront très vite un sommeil de qualité.

 

A NOTER

 

Le gouvernement a pris en compte les effets psychologiques sur les enfants et les adolescents de l’épidémie de Covid-19. Il propose aux familles un forfait de dix séances chez un psychologue de ville pour les enfants de 3 à 17ans affectés par cette crise

 

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